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Question
posée sur le forum
Agée
de 23 ans, après avoir connu plusieurs liaisons
avec des garçons pour lesquels j'avais beaucoup
d'estime et de sympathie, j'ai le sentiment d'avoir une vie sexuelle
perturbée. La plupart du temps, je me retrouve
pétrifiée en situation intime et ressentant
ensuite une culpabilité dont je n'arrive pas à me
débarrasser. Pensez- vous que mon
éducation réalisée en
école privée catholique
et relayée par ma mère qui
était très pratiquante de cette religion puisse
être responsable de mes difficultés ? La
psychanalyse peut-elle m'aider à trouver une
solution à mon problème?
Après tout ce que j'ai vécu, je suis un
peu méfiante vis-à-vis de tout conditionnement,
le psychanalyste peut-il être vraiment neutre ?
Réponse
Le
psychanalyste est confronté au quotidien à des
patients qui présentent des conflits intérieurs
et donc des souffrances diverses provenant de leur
éducation. L'éducation catholique, mais aussi les
autres religions monothéistes, tentent de
réprimer, refouler le désir sexuel. De nombreux
praticiens vont jusqu'à utiliser l'expression
"névrose chrétienne". On observe ainsi des
pathologies proches de celles que vous exprimez dans votre question. Ce
type d'éducation est pathogène.
L'éducation
qui mobilise l'attention d'un psy est moins l'enseignement des
établissements scolaires (quoiqu'il ait son
intérêt) mais plutôt ce qui se passe
entre maman et papa, au plus intime de la vie familiale, dès
l'âge le plus précoce, avant même
l'inscription dans une école. Dans votre cas, vous dites
bien que votre mère relayait les idées
éducatives de cette école, verrouillant ce
processus de conditionnement, ce que nous observons
fréquemment chez les familles pratiquant une religion.
Depuis
le début de ses recherches et de sa
pratique, FREUD a dénoncé la
responsabilité des religions dans certaines pathologies
individuelles mais aussi dans les pathologies de la
société. « La
religion serait la névrose de contrainte universelle de
l’humanité » (Sigmund Freud /
L'avenir d'une illusion).
Freud s'est opposé à la religion
puisqu'elle a pour base le renoncement de la pulsion sexuelle,
qui implique par là même un
désinvestissement de la génitalité.
Au-delà de la répression des religions sur
la sexualité, que tous les analystes connaissent
fort bien, il s'est également exprimé sur
l’activité
stéréotypée, le rite, parce qu'ainsi
tout le monde agit de la même façon. Donc, tout
à fait à l’opposé des
ambitions, de la fantasmagorie de l’individualisme
démocratique. Il a construit une analogie entre,
d’une part, ce que lui apportait sa pratique, le
cérémonial du névrosé
obsessionnel, comme il le dit, ses petites pratiques, ses petites
restrictions, ses petits règlements, et puis le
cérémonial religieux - article de 1907,
qui s’intitule « Actions compulsionnelles
et exercices religieux »
Comprenez
donc combien les psychanalystes connaissent les influences
néfastes de certaines éducations et qu'une
analyse pourra vous amener à déterminer
vous-même vos propres règles de vie. L'analyste,
dans sa position complètement neutre, vous aidera dans ce
cheminement, tout en sachant que l'épanouissement de votre
vie sexuelle et amoureuse est déterminante dans la
réussite de votre vie adulte.
Avec juste raison, vous posez la question de la
neutralité de l'analyste. C'est une question essentielle et
la place du Psychanalyste pendant la cure est celle de la
neutralité bienveillante. Cela signifie que :
- l'analyste reste en retrait au sens propre comme au sens
figuré, il doit donc être vigilant
à ne pas dévoiler sa vie amoureuse, ses
préférences philosophiques, artistiques,
politiques...
- l'analyste ne doit pas influencer son patient ni répondre
à sa place sur les grandes questions de sa vie, le cadre de
l'analyse doit permettre, favoriser l'émergence des vrais
désirs du patient et lui apprendre à concilier
ceux-ci avec la réalité.
Je vous conseille donc d'éviter sans hésitations
les psychanalystes qui, par leur comportement, par leur suggestion,
veulent vous faire entrer dans leur croyance ou dans leur secte, ces
comportements sont à dénoncer.
Par
contre, en dehors de la cure, le Psychanalyste, comme tout un chacun, a
loisir de s'exprimer, d’écrire, de
préciser sa position théorique, de parler sur les
questions sociétales. Freud a montré l'exemple et
s'est exprimé largement sur la religion. De culture juive,
il était athée, il est même
devenu l'un des athées les plus connus de son
époque.
Certains Psychanalystes sont connus pour leur croyance religieuse, ils
ont donc écrit sur ce sujet, ce qui n'est pas tabou et
permet au patient de faire un choix personnel.
En ce qui me concerne, je favorise et suscite la libre
association et la "libre pensée" me semble une
qualité permettant le plus naturellement l'empathie et la
tolérance.
Gérard
VIGNAUX
(février
2008)
Psychothérapeute Psychanalyste
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